Discours de Yannick Jaffré à l’Université d’été du Front National de la Jeunesse (6/09/2014)

« Pourquoi, au fond des choses, sommes-nous si patriotes ? Pourquoi nous entêtons-nous à rester Français contre les forces qui nous poussent au sommeil et, bientôt, dans la mort ? Pourquoi refusons-nous de nous soumettre, d’être remplacés, de devenir des attractions pour touristes, pourquoi, à la fin, une telle persévérance ? Mais parce que c’est un immense, un profond, un éblouissant pays que la France. Parce que c’est un grand, un émouvant destin de lui appartenir. Parce que vous et moi éprouvons pour elle un amour qui brûle nos cœurs.

Mais l’amour ne suffit pas. Il faut en donner des preuves. Par la volonté, par la pensée et par l’action. Nous sommes des patriotes lorsque, résolus à défendre la personnalité et les intérêts de la France, nous jetons toutes nos forces dans le combat politique. Quand, par un dur travail de la raison et dans l’action, nous faisons vaincre nos principes sur l’adversité. Autrement dit, nous sommes des patriotes dès que nous nous montrons pour la France, par delà les déclarations d’amour, des soutiens fidèles, avisés et résistants. Alors, et alors seulement, nous sommes ses serviteurs et nous méritons d’elle. Alors, et alors seulement, nous nous dressons contre ceux qui la négligent, la méprisent ou la détestent. Quant à ceux qui se considèrent comme les ayants-droits ou les consommateurs de la nation, nous leur laissons le confort. Car nous tirons, nous, notre orgueil de nos efforts pour la France.

Or un patriote au travail rencontre inévitablement l’enjeu scolaire. L’école, en effet, n’est pas en France une question parmi d’autres. Bien plus qu’une fonction ou un service publics, elle est une forge de la nation. Tandis que l’unité culturelle a de loin précédé en Allemagne l’unité politique, les savoirs et l’esprit français sont soutenus par l’État depuis les collèges royaux du Grand siècle, au moins. Alors que l’Angleterre a longtemps pratiqué une féroce ségrégation scolaire, les hautes classes monopolisant les postes de pouvoir intellectuels et politiques, l’école fut à l’époque moderne l’instrument d’une égalité de style français, associant le mérite à l’excellence. Enfin, l’institution scolaire a répandu un siècle durant, de la communale aux grandes écoles, un patriotisme original, plus culturel et politique, moins religieux que celui qui règne, par exemple, aux États-Unis. A la charnière de l’État et de la nation, instrument d’égalité, source de patriotisme, l’école française fut la gardienne des savoirs, des humanités, et de ce que Montesquieu appelait l’esprit général d’un pays. Jusqu’aux années 1970.

Car on mine ses fondations depuis quarante ans. L’école charpentait la culture française de la raison, on a fissuré cette armature intellectuelle. Elle favorisait l’égalité des citoyens par la méritocratie, jamais les positions de classe ne s’y sont autant reproduites. Elle entretenait entre les Français une communauté des affections, elle est devenue un réceptacle pour divisions ethno-religieuses. C’est inévitable : dès qu’on fait du mal à l’école, on fait souffrir la France. On les a tant violentés l’une et l’autre qu’il faut les rétablir l’une par l’autre. A l’évidence, mes amis, l’école occupe un chapitre majeur de l’oeuvre patriote qui nous rassemble. Refaire une école française, c’est en profondeur refaire la France elle-même.

Le Collectif Racine, dont j’assume la présidence, s’inscrit résolument dans cette immense entreprise de redressement national. Valérie Laupies, Alain Avello et moi-même en avons conçu l’idée au printemps de l’année passée. Nous avons dès l’origine reçu le soutien actif de Bertrand Dutheil de la Rochère et de Florian Philippot. En octobre dernier, Marine Le Pen nous a fait l’honneur et amitié de lui communiquer, avec la force de sa personnalité, l’épaisseur de son autorité politique.

Pourquoi le cacher ? C’est avec un peu d’espièglerie que nous avons vu notre naissance provoquer comme un choc thermique dans certaines parties de l’éducation nationale. Mais il n’était pas question, bien sûr, de se contenter de ce type de plaisir. Nous travaillons depuis un an sans relâche pour propager l’onde patriote chez les enseignants. Car le Collectif entend bien rassembler tous les professeurs attachés à la transmission des savoirs, à une rigoureuse générosité républicaine, à la France dans son histoire. Mais ce n’est pas tout. Il veut encore les associer à ce travail de pensée sans lequel il n’est pas de politique consistante. Le Collectif Racine mène ainsi, matière par matière, dossier par dossier, de la maternelle à l’université, une réflexion précise et pragmatique. Sachant toutefois que l’école, qui ne se réduit pas à une somme de problèmes techniques, qu’elle réclame une pensée profondément politique, au sens noble du terme. Quand nous posons sur elle notre diagnostic, quand nous identifions les maux qui l’affectent, ainsi que leurs responsables, quand nous lui prescrivons nos remèdes, c’est depuis un horizon, une perspective, c’est depuis une vision, celle  d’une école de la France, par la France et pour la France.

  Je commencerai par le commencement en dressant l’état des lieux. La situation de l’école, hélas, est critique. Car les gouvernements qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans ont commis contre elle trois attentats coordonnés : contre le savoir et l’autorité des maîtres, contre l’égalité authentiquement républicaine, contre l’identité de la France et ses valeurs propres. Des mesures convergentes prises par l’UMPS d’hier et d’aujourd’hui, articulées à de puissants processus sociaux, idéologiques et migratoires, ont dégradé l’école française de manière profonde mais, nous le croyons, réversible. De la réforme Haby instaurant le collège unique à la loi d’orientation de 1989 créant les IUFM, de l’appauvrissement des programmes sous Bayrou aux pseudo-réfondations de l’école de Luc Ferry ou de Vincent Peillon, en passant par le ministère Allègre de sinistre mémoire, les classes dirigeantes, communiant dans le pire, ont abaissé l’école dans ses trois dimensions essentielles.

Celle du savoir d’abord. A coup de méthodes délirantes qu’on peut rassembler sous le nom de pédagogisme, on a bafoué le bon sens et la raison. L’idéologie inspirant ces méthodes est un assemblage de théories qui, pour certaines, remontent à l’Émile de Rousseau. Ainsi Hegel dénonçait-il, dès 1817, les pédagogies par le jeu et l’induction qui prétendent annuler le maître.  Au XXe siècle, Freinet, Montessori, Decroly, entre autres pédagogues s’appuyant sur des théories psychologiques précaires, ont promu un enseignement global, inductif et ludique. Longtemps marginales, mais augmentées par le courant libertaire des années 1970, toutes ces sources ont été reversées dans l’école française – la funeste loi d’orientation de 1989 déclenchant la grande déferlante. Plaçant « l’élève au centre du système », elle l’enferme dans sa psychologie et sa sociologie. Or, enseigner au sens noble, c’est le porter vers ce qu’il peut devenir intellectuellement et humainement. En arrachant le savoir du cœur de l’institution, on ouvrait une boite de Pandore d’où bondiraient la confusion intellectuelle, le nivellement par le bas et le relativisme anti-national.

L’école primaire, où se joue déjà l’essentiel, a essuyé un feu nourri de réformes. On y a diffusé la  méthode globale selon laquelle on apprend à lire en photographiant les composés, mots et phrases, et non plus à partir des éléments, lettres et syllabes. Avec des résultats désastreux que l’institution refuse de reconnaître, allant parfois jusqu’à prétendre que la globale n’a jamais été pratiquée. En réalité, les méthodes semi-globales, mixtes ou croisées reviennent au même. Car la méthode syllabique qui a permis à des générations d’apprendre à lire correctement, ne peut être partiellement appliquée. Elle nécessite du temps et de la répétition. Aujourd’hui, la confusion des esprits entretenue par les pédagogistes a atteint son maximum : certains instituteurs désorientés ne savent, littéralement, plus ce qu’ils font, croyant sincèrement pratiquer la méthode syllabique parce qu’ils lui accordent quelques heures dans la semaine.

Cette question, décisive en elle-même, engage la cohérence de tout le cursus scolaire. Après avoir imposé des méthodes globalisantes et synthétiques à l’échelon élémentaire où, comme son nom l’indique, c’est l’analyse patiente qui devrait primer, après avoir de la sorte privé les élèves des bases solides indispensables à leur construction intellectuelle, on se retrouve à faire de l’analyse à la fin du collège et au lycée, au moment où, précisément, il faudrait les astreindre à la synthèse, c’est-à-dire à la composition maîtrisée de leurs connaissances. Les études de documents,  de plus en plus encadrées par des questions, progressent ainsi au détriment de la dissertation, acte de synthèse et d’autonomie par excellence. Bref, on marche sur la tête.

A travers ces méthodes plus ou moins ludiques, plus ou moins inductives, plus ou moins globales, et dans ce climat de confusion qu’elles diffusent, on a dramatiquement appauvri les programmes, du primaire au Lycée que Claude Allègre voulait light. S’ils demeurent chargés en quantité, ils ont perdu en qualité. Pour masquer cette dégradation, on a répandu la notion de compétences. Imprécise, brouillant les repères, elle définit les savoirs par les actes pratiques qu’ils rendent capable d’accomplir – que les mathématiques, par exemple, permettent en même temps de faire ses comptes, c’est un fait, mais elle ne s’y réduisent évidemment pas. Et cet utilitarisme à courte vu s’articule au formalisme le plus abstrait et jargonnant   : on préconise en histoire les progressions thématiques, spirallaires ou spirallées, contre le récit chronologique ; plutôt que le dessin précis de leurs contours, on représente les pays comme  des figures géométriques ; on séjourne de moins en moins dans les œuvres, au profit d’une approche strictement formelle. J’ai pour exemple des élèves qui savent parfaitement ce qu’est un oxymore ou une anaphore, sans vraiment se souvenir d’une œuvre en particulier.

Toutes les dénégations du monde n’y pourront rien, le niveau baisse. Si l’examen des productions des élèves ne suffisait pas pour s’en convaincre, on comparera les programmes et les sujets d’examen sur une trentaine d’années pour constater qu’il leur est de moins en moins demandé. A cela s’ajoute des pratiques d’évaluation qui font gonfler artificiellement les résultats, valorisant, par exemple, la simple lecture d’un énoncé. Je pense aussi à la nouvelle épreuve de langues du Baccalauréat qui impose au professeur d’attribuer soit 4, 8, 12 ou 20, le contraignant à surnoter. Sans parler de cette vieille tarte à la crème des notes par couleurs, parfois pratiquées dans le primaire, et supposées plus formatrices que les notes chiffrées.

Pour aller vite et vous épargner les méandres de leur univers mi-délirant, mi déprimant, voici quelques brillantes idées conçues par les Bouvard et Pécuchet du pédagogisme. L’élève étant selon la formule consacrée, acteur de sa propre formation, le professeur devrait  simplement accompagner sa découverte de la lecture à travers des questions aussi déterminantes que celles-ci : « Quelles informations peux-tu collecter sur la couverture du livre ? Peux-tu nous dire lesquelles ? Comment rangerais-tu les livres dans une bibliothèque ». Les enseignants sont invités par ces phénix de la culture à aborder les fautes d’orthographe et de grammaire comme des créations linguistiques. Enfin leur pape Philippe Meyrieu a commis une série d’aberrations dont la plus remarquable était d’avoir préconisé que les élèves des milieux populaires apprennent à lire sur les paquets de céréales, plus familier pour eux que les textes littéraires – on notera au passage le mépris de classe… Je n’en jette plus, le taux de crétinerie, au sens de JC Brighelli, le taux de crétinerie devenant radioactif.

Au bout de ce triste compte, on a violenté ce que Descartes appelait les « règles pour la direction de l’esprit ». Mais on ne dévalue pas les savoirs sans atteindre en même temps ceux qui les transmettent. On a cassé les repères du professeur, dont on a voulu faire un animateur. A marche forcée, dans une atmosphère d’« oppression libertaire » qu’ont respirée ceux qui, et j’en fus, ont enduré les IUFM. Combien de jeunes professeurs ont pâti dans leur moral et leur goût d’enseigner du totalitarisme mou portés par des dépressifs-agressifs à la voix doucereuse ? Recouvrant les stagiaires d’un vocabulaire aussi jargonnant qu’infantilisant, certains formateurs pédagogistes minaient chez eux le sentiment de la dignité de leur fonction. Je me souviens de l’un d’entre eux qui nous avait dit en substance : « acceptez le bavardage, vous n’avez pas le choix », et sans souci de cohérence, « si les élèves bavardent, c’est qu’ils n’attendent plus rien de vous». Il m’a été rapporté qu’une directrice d’IUFM avaient accueilli les stagiaires à la rentrée par cette sentence : « n’oubliez pas que vous êtes les invités des élèves ». Quant à la violence, elle était prioritairement celle de l’institution, d’après la vieille confusion libertaire entre le dominus, le maître qui contraint et domine, et le magister, le maître qui dirige ou enseigne. Les professeurs étaient encouragés à absorber les conflits, au prix de terribles dégâts psychologiques et moraux.

Car les eaux de la violence montaient hors de l’école. Alors qu’elle aurait dû rassembler une volonté encore plus forte pour s’en préserver, les responsables de l’institution l’ont fragilisée. Avec des négociations interminables de règles élémentaires, des procédures encore plus contraignantes pour prononcer une sanction ou une exclusion, tandis que des élèves ayant lancé des insultes et commis des violences étaient maintenus dans les classes. A la faveur de ce laxisme ambiant, il s’est répandu un type de comportement que j’appelle « racaille pleureuse », fait d’arrogance et de plainte, d’agressivité et de revendications.  Le climat éthique régnant à l’école s’est dégradé et, dans certains établissements, il est devenu irrespirable.

Qui sont précisément les responsables d’une telle dévaluation du savoir et de ses dépositaires? C’est un attelage bien décrit par Jean-Claude Michéa dans son ouvrage essentiel L’enseignement de l’ignorance, paru en 1999. Il y démontre la solidarité entre la néolibéralisme et l’idéologie libertaire. Pour exemple, la notion de compétence, que j’ai évoquée, est forgée aux États-Unis dans un esprit mercantile dès les années 1970, et la voici dans un rapport remis à Lionel Jospin en 1988 par Pierre Bourdieu, figure de proue de la gauche radicale. Plus généralement, les réformes sont de conception euro-libérales à dominante anglo-saxonne, émanant de l’OCDE, de la Round Table européenne et du Processus de Lisbonne de 2000. Leur promotion est, si j’osais l’expression, « pédagauchiste », les déconstructeurs du savoir classique et de l’autorité des maîtres jouant les idiots utiles du capitalisme qu’ils prétendent combattre. Quant à leur exécution, elle est assurée depuis quarante ans par des gouvernements de droite et de gauche qui trahissent systématiquement l’intérêt national. Ils n’ont pas l’excuse, si c’en était une, des cessions de souveraineté, l’école demeurant de la compétence des États. Ils se sont placés tous seuls, comme des grands, sous le patronage idéologique de l’Europe techno-libérale.

 C’est contre la notion d’égalité française que le second attentat fut perpétré, sans doute le plus retors dans son mode opératoire. Car c’est au nom d’une égalité mensongère et destructrice qu’on a attaqué l’égalité véritablement républicaine, celle qui associe la générosité à l’effort, l’offre scolaire à l’exigence. On a du même coup compromis la loyauté que l’institution doit aux élèves.

Tout se tient ici. On part donc des besoins et des choix supposés de l’élève, éventuellement de ses goûts pour telles céréales, on postule qu’il n’a pas vraiment besoin d’être enseigné, on prétend l’accompagner dans l’univers qui est déjà le sien. De telle sorte qu’on favorise ceux auxquels leur famille et leur milieu fournissent un bagage culturel, une connaissance des codes institutionnels, la carte de l’univers parfois touffu des formations et des études supérieures.

 Mais on recouvre cette injustice d’un manteau de générosité. C’est-à-dire qu’on augmente la quantité de l’offre scolaire en diminuant sa qualité. On prétend, autrement dit, lutter contre les inégalités par une surenchère de moyens. Emblématique à cet égard, la réforme des rythmes, outre la nullité de sa conception, est assortie d’activités périscolaires gratuites. Ce qui implique qu’on embauche en masse des intervenants et des auxiliaires de vie scolaire. Mais, quand on retire du temps d’enseignement au profit d’heures de garderie, quand on passe de l’élévation à l’élevage, c’est aux plus fragiles qu’on fait un cadeau empoisonné. A mesure qu’on est plus avare du savoir, on devient trop généreux d’aides publiques, comme l’allocation de rentrée scolaire distribuée sans le moindre contrôle et qui fait apparemment le bonheur des vendeurs de tablettes tactiles.

A l’évidence, la société glisse aujourd’hui du cycle du don énoncé par Mauss, « donner, recevoir, rendre », à l’anti-morale du courtisan formulée par Beaumarchais, « recevoir, prendre et demander », sous des formes moins raffinées, du trader à la racaille pleureuse que j’évoquais. Dans une telle société, dont nous combattons les fondements, les plus riches s’en sortent économiquement, sinon moralement, tandis que les plus pauvres, s’ils développent une mentalité de consommateurs-prédateurs, sont condamnés à l’assistanat ou à la délinquance. Les travailleurs savent fort bien ce que vaut cette charité qui consiste à flatter le pauvre dans sa pauvreté sans avoir la moindre intention de l’en sortir. C’est tout au contraire l’exigence scolaire qui élève socialement les classes populaires.

Elles ont besoin, toutes les familles ont besoin d’une politique de l’orientation claire et loyale. Le collège unique constitue à cet égard un véritable abcès de fixation. A force d’engorger les filières générales, on a fait perdre au Baccalauréat sa valeur sélective, malgré la création des bacs professionnels par Jean-Pierre Chevènement. Mais ce cursus est profondément dévalorisé, perçu comme une voie de garage. C’est en tout état de cause au détriment du niveau global qu’on maintient toute une population d’élèves, en pure perte pour eux, dans l’enseignement général, soit qu’ils n’en aient pas le niveau, soit qu’ils n’en aient pas la volonté. Ils gagneraient dès lors à se professionnaliser plus tôt.

On passe avec le collège unique de l’égalité par l’excellence à l’égalitarisme par la médiocrité. On fait baisser le niveau, considérant que si tout le monde est mauvais, alors plus personne n’est lésé.  Mais, en réalité, on ment. Si on laisse une large population scolaire fragilisée par des compétences incertaines, avec des diplômes dévalués, on réserve la qualité à certains établissements et à certains milieux. La proportion de fils d’ouvrier et d’employé en classes préparatoires est passé en trente ans de 25 à 5% ; le développement du secteur privé au détriment du public est le beau résultat obtenu par les égalitaristes ; les classes supérieures et, il faut le dire, les enfants de professeurs se sont partagés les places ; il règne donc sous cette bannière de l’égalité une gigantesque tartufferie. Que les parents soient féroces pour leurs enfants, c’est leur rôle de parents, et ils mobiliseront toujours pour eux tous leurs moyens sociaux et économiques, plus ou moins importants. Mais le rôle de l’école, bien commun, est de sélectionner les meilleurs par la promotion de tous, pas de conforter les positions sociales existantes.

A cet égard, les égalitaristes de gauche servent si bien les darwiniens de droites qu’ils finissent, sous l’écume des discours, par se confondre les uns les autres. C’est d’ailleurs un critère absolu : demandez-vous si les réformateurs veulent pour leurs enfants des méthodes qu’ils préconisent pour ceux des autres ? Si la réponse est négative, comme c’est toujours le cas ici, c’est qu’elles sont mauvaises. Si l’on consultait la liste des élèves de l’école alsacienne de Paris, établissement privé ultra-sélectif, on y trouverait une pléiade d’enfants de ministres, y compris de l’éducation nationale.

 Après les savoirs, après l’égalité républicaine, c’est enfin l’identité de la France qui, à l’école où elle devrait être entretenue, a subi une entreprise de destruction. J’ai décrit le brouillage des savoirs, l’utilitarisme, l’abstraction délirante de certaines méthodes. Reste à évoquer le déracinement organisé. Les responsables du ministère, appauvrissant les programmes dans les disciplines scientifiques, ont activement dénationalisé ceux des matières littéraires. Je me concentrerai sur l’histoire car c’est là, plus qu’ailleurs, qu’on déracine les élèves, qu’on mutile leur expérience d’eux-mêmes, qu’on les prive de leur généalogie collective. On le fait de deux manières complémentaires.

D’un côté, on dissout la France dans un monde sans contours. Tout se tenant là encore, méthode et contenus, on privilégie les structures de longue durée, les approches thématiques ou encore les progressions « spiralaire » qui consistent à reprendre un même sujet sous un autre angle année après année. Sous ces perspectives trop abstraites qui ne fixent ni l’attention ni la mémoire, on étudie l’histoire du monde en général – l’esclavage à travers les siècles, par exemple. L’élève ne peut s’y retrouver nulle part car on ne lui raconte pas l’histoire particulière de son pays. Ainsi Henri IV, Louis XIV, Napoléon, De Gaulle disparaissent-ils des programmes au profit d’une sorte de world histoire. Emblématique est à cet égard l’entrée dans celui de 5e de l’Empire Monomotapa ou grand Zimbabwe, objet d’étude parfaitement respectable en lui-même, mais dont la place est à l’université. Derrière ces choix et ces suppressions, agit bien sûr l’idéologie mondialiste, qui méprise les nations, relativiste, qui pose l’équivalence entre toutes les cultures, et multiculturaliste, qui défait celle de la France. Or il faut rappeler avec force cette évidence : on est bien « né quelque part » et, n’en déplaise à Brassens, les « imbéciles heureux » se recrutent aujourd’hui parmi ces occidentaux post-modernes qui se racontent la fable selon laquelle ils seraient, bien à l’abri de leur vieil Etat-Nation, des « citoyens du monde ».

En même temps qu’on noie l’histoire de France dans celle de l’univers, on la condamne. C’est la deuxième manière de déchirer le roman ou le texte national. Étymologiquement un texte est un tissu, les mailles en sont ici les âmes et la toile qu’elles forment la nation comme réalité spirituelle. Or, la haine de soi, la repentance, l’instruction à charge de l’histoire de France sont entrées à l’école. Oh, entendons-nous, elles peuvent prendre dans les manuels des formes subtiles, c’est affaire de suggestions parfois. Mais on peut dire que l’angle de lecture est généralement accusateur. Par exemple, sans le mettre en perspective dans la longue histoire où l’esclavage fut la règle, et l’abolition l’exception, sans évoquer non plus la traite arabo-musulmane, on insiste sur le rôle de la France dans le commerce triangulaire et  on omet généralement de rappeler qu’elle l’a abolit une première fois en 1794, avant tout le monde, par décret de la Convention. On traite la rafle du Vel d’Hiv à la manière du président et du premier ministre en faisant comme si l’État français avait exercé, au nom d’une nation unanime dans la volonté de déporter, une souveraineté pleine, entière et incontestable. A dévaloriser de la sorte l’histoire de France, on alimente les rancœurs, déjà vives, sans être justifiées, des immigrés et descendants d’immigrés issus de l’ancien empire colonial français.

Si on présente la France comme insignifiante à l’heure du monde global, si son histoire n’est qu’une longue chaîne de crimes dont il faudrait se repentir, qu’on ne s’étonne pas d’observer de tous côtés des replis identitaires. Car en traitant ainsi la France on attaque tout un patriotisme du quotidien, dans lequel Hegel voyait un indispensable rempart contre l’individualisme, c’est tout un patrimoine éthique, c’est, pour reprendre la formule de George Orwell, toute une common decency, un sens populaire de la mesure, de ce qui se fait – bref, on s’en prend à tout un patrimoine éthique. La théorie du genre qui s’insinue à l’école est un autre symptôme de cette démoralisation, bien que notre ministre, après l’avoir défendue, prétende qu’elle n’existe pas. D’ailleurs je lui donnerai plutôt raison, car il ne s’agit pas d’une théorie scientifique mais bien d’une croyance idéologique. Etrangère à tout sens commun, elle est l’apanage d’oligarques à la Pierre Bergé qui, pliant la société à l’arbitraire de leurs conceptions, veulent l’écraser sous le narcissisme de leurs existences.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de l’époque que, parallèlement à ce post-modernisme irresponsable, elle favorise la résurgence de l’obscurantisme le plus noir. Conséquence de la dernière grande vague migratoire et de la faiblesse des pouvoirs publics, le communautarisme ethno-religieux entre à l’école, naguère creuset de l’unité nationale. A mesure en effet que la France devenait une chance pour l’immigration de peuplement, de remplacement et de ressentiment, le socle laïc de notre nation s’est fissuré. Et l’on rédige sans arrêt des « chartes », on passe des « contrats » ou des « pactes » parce que, précisément, les règles de la vie commune sont sans cesse bafouées.

Qui sont les responsables de cette dénationalisation de l’école ? La droite néolibérale qui parle anglais ne l’a jamais conçue que comme une variable de l’économie, plongeant tout – culture, savoir, valeurs – dans les eaux glacées du calcul égoïste qui sont, d’après Marx, l’élément du capitalisme intégral. Elle paraît regretter à chaque instant que la France ne soit pas les Etats-Unis ou l’Angleterre. La gauche libertaire qui parle, elle, brésilien, voit les institutions comme des Bastille à renverser pour en faire sortir l’individu « citoyen du monde ». Elle s’agace, s’impatience, enrage que la France existe encore. Les deux font leur jonction depuis quarante ans pour délivrer la formule chimiquement pure de l’idéologie mondialiste : libérale, elle voit dans le marché l’horizon indépassable de notre temps, libertaire, elle fait de l’individu la mesure de toutes choses et de toute valeur. Mais s’il est vrai qu’on n’atteint jamais les idées sans combattre les hommes, comme l’écrivait Joseph de Maistre cette fois,  je donnerai un visage à cette idéologie. Et Dany Cohn-Bendit me semble un bon choix. Il qui rassemble tout sur sa personne : libertaire, libéral, euro-mondialiste, francophobe, il associe dans sa haine la vieille France traditionnelle et la France républicaine, les églises et les préaux, le catholicisme et la culture ouvrière, et tous les courants essentiels de notre pays.

 J’ai dit que les déclarations d’amour à la France ne suffisaient pas. D’autant moins qu’aujourd’hui tout le monde ou presque, y compris Hollande avec son « faire nation », y va de son couplet patriotique, avec, certes, des accents de sincérité variables et des restrictions du type « La France que j’aime, ma France à moi, c’est l’ouverture à l’autre, les droits de l’homme, pas la « France moisie » du repli sur soi etc. etc. ». Dans le discours dominant, la France semble un pur un réceptacle, un espace vide, un terrain vague, qui se définit par ce qui le remplit, l’étranger, l’immigré, le rom. Selon cette logique tordue, nous serions d’autant plus Français que nous ne serions plus rien en particulier ou que nous serions plus ouvert à l’« autre ». Nous connaissons, n’est-ce pas ? cette théorie.

Non, par tempérament et par formation, je goûte peu les illogismes et les incohérences. Quand on détruit l’école, et donc la France, avec métier et acharnement, c’est au minimum qu’on l’aime mal. Je ne me plongerai pas dans les abîmes de leur psychologie politique, mais on peut être effaré devant l’arrogance de ceux qui se permettent d’expérimenter sur les enfants des autres des potions pédagogiques délirantes ; devant l’ingratitude de ceux qui, comme Pierre Bourdieu, ayant tant reçu de l’école de la république, se sont consacrés à casser cet outil d’égalité ; devant la haine de soi qui leur fait détester l’histoire de leur pays. A quelle école mettraient-ils nos enfants s’ils devenaient hégémoniques? Dans quel univers nous conduiraient-ils s’ils l’emportaient sur le bon sens, la raison, la logique ? Que deviendrait la France si nous n’étions là, avec tous les patriotes, pour les empêcher de la défigurer ?

Oh ce n’est pas si dur à imaginer. Représentez-vous une petite ville de province vers 2050. Au petit matin, le groupe scolaire Djamel Debouzze ouvre ses portes. Les écoliers sont répartis dans leurs salles de classe ou, aux murs, s’étalent les portraits officiels des immortels Hermann Von Rompuy et Catherine Ashton. La matinée est consacrée à la lecture d’énoncé de problèmes qu’on ne résout jamais, au dessin de pays sans contours, à la récitation d’un poème de Prévert en anglais. Au même moment, les élèves du collège Guy Bedos étudient la nouvelle querelle des anciens et des modernes qui, au début du XXI e siècle, opposa Rhoff à Booba. Après le repas de midi que chacun prend dans son réfectoire communautaire, Hallal, Casher, new-ago-végétalien, le Catholique, étant le moins rempli, on procède à la rituelle déclamation des droits de l’homme (l’universelle de 1948, pas la française de 1789, faut-il préciser) au cours de laquelle chaque élève doit reconnaître sa responsabilité indirecte, mais éternelle, dans l’accomplissement de l’Innommable. Sur la place centrale de la ville où se dresse le monument aux morts contre la France, le Lycée Barack Obama commence son après-midi. Les élèves de seconde y découvrent émerveillés l’opération de la division, ceux de première sont livré sans appareil critique aux œuvres complètes de Caroline Fourest, les terminales visionnent en cours de philosophie un film de BHL (car, pour ceux qui l’ignoreraient, cet astre de la pensée n’a pas seulement écrit des foutaises, il en a aussi filmées). Au bac, l’épreuve de mémoire portera sur cette citation : « Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes », assortie de l’énoncé suivant : « Dans quelle mesure cette formule de Jacques Chirac, faisant une trop grande place au christianisme, vous semble procéder d’une perception ethnocentriste ». Dans tous les établissements, les psychologues du programme « babtou-fragile » seront à pied d’œuvre. Quant aux instituts formant les nouveaux professeurs, ils leur proposeront des thématiques aussi diverses que « l’enseignement spirallaire déconcentré à démarche thématico-inductive », « le bavardage des élèves, cet atout pédagogique », ou encore, « l’interdisciplinarité comme solution au problème des tournantes ».

Mais ce cauchemar, si réaliste soit-il, ne se matérialisera pas. Nous sommes là. Rien n’est perdu. Et le désespoir est en politique une sottise absolue qui donne la victoire à l’ennemi en lui épargnant de combattre. Il nous est interdit. Nous avons de puissantes raisons d’espérer.

On perçoit d’abord l’essoufflement de nos adversaires. Ils sont exténués. Les khmers du pédagogisme, naguère rose et vert hargneux, ne sont plus que gris terne. Ils ont achevé depuis longtemps leur phase ascensionnelle. Dès l’origine, d’ailleurs, leur idéologie n’était pas de celles qui allument de grands enthousiasmes : qui, sérieusement, donnerait sa vie pour la méthode globale, le collège unique et la pédagogie différenciée ? Cohn-Bendit leur sacrifierait-il une parcelle de son égoïsme de vieux poupon jouisseur ?

Alors les responsables du désastre scolaire manquent de panache dans leur retraite. Ils reculent mollement sur chacune de leurs bases. « Oui, bien sûr », disent-ils après les avoir méthodiquement sapés depuis trente ans, « la transmission des savoirs constitue la mission première de l’école » ; « oui, naturellement », concèdent-ils après avoir défendu la mixité sociale et scolaire pour les autres, « une trop grande hétérogénéité dans les classes nuit à la qualité de l’enseignement et entrave la progression des élèves » ; « oui, il est évident », reconnaissent-ils maintenant après avoir soutenu le contraire pendant des décennies, « que la violence à l’école est un problème réel qu’il faut prendre à bras le corps ». Quant à Philippe Meyrieu qui a consacré une pleine carrière à combattre le repli sur soi des savoirs, et donc la spécificité des disciplines, il prétend aujourd’hui les avoir toujours défendues. A ce niveau de la compétition, on évolue sans contrôle et on peut tout dire. Nul n’est plus que moi attaché à la liberté d’expression, je n’adresse donc à ce Monsieur qu’une invite amicale : peut-être serait-il temps de se retirer dans le silence, mais physiquement…

De manière générale, le Collectif Racine se réjouit de voir revenir au bon sens des esprits longtemps égarés. Il constate surtout qu’ils y sont contraints par la réalité qui dénonce impitoyablement les conceptions qu’ils ont défendues des années durant. Mais il invite à se méfier de ces concessions, ajustements, modulations qui viennent de personnalités dont il y a tout lieu de craindre qu’elles n’en tiennent pas sincèrement pour l’école républicaine ; c’est-à-dire l’école de l’égalité par l’excellence que nous avons, pour notre part, toujours défendue.

Mais laissons-là nos adversaires. Nous disposons d’immenses ressources positives pour redresser l’école. Elles gisent dans les salles de classe, chez ces professeurs qui, amoureux de leur discipline, l’enseignent avec rigueur et avec passion. Chez ces professeurs inoubliables pour leurs élèves qui, contre vents et marées, ont assumé la double dimension de l’autorité bien comprise, garantir la discipline et transmettre le savoir. Je pense aussi à ceux qui, au détriment parfois de leur progression de carrière, n’ont rien cédé sur l’exigence, continuant à transmettre la France et ses humanités. Je vois ces jeunes enseignants, enfin, qui, désorientés par le climat ambiant, portent en eux la volonté de transmettre. Je n’oublie pas ces principaux, ces proviseurs, ces CPE, ces surveillants qui maintiennent souvent avec courage, sous la pression, un ordre civique dans leurs établissements. Je connais chaque année ces élèves attentifs, rigoureux, pertinents, auxquels c’est un plaisir d’enseigner ; et je rencontre souvent ces parents soucieux, concernés, qui n’attendent de l’école que de la rigueur et de la clarté.

Mais les belles persistances de l’école républicaine ne tiennent pas seulement aux volontés individuelles. Il reste dans nos institutions scolaires de la force, de la compétence et de l’excellence. Nous partions de très haut et quarante années d’attaques n’ont pas suffit à tout détruire. Si le niveau général s’effondre, il demeure tout de même élevé dans les classes préparatoires, certaines facultés, en médecine notamment, certains DUT, les écoles d’arts appliqués.  Nous avons des points d’appuis, à partir desquels reconstruire l’école. Il existe une mémoire vivante des institutions conservant cette culture de la raison qui a si longtemps distingué la France. C’est là plus qu’une simple force d’inertie, mais ce n’est pas encore un projet politique.

Il s’est opéré ces dernières années plusieurs prises de conscience. On s’avise chaque jour davantage que rien ne remplace, a fortiori à l’époque d’internet, un bon cours magistral, que les professeurs les plus populaires sont ceux qui ont le plus d’autorité et de maîtrise, que le bon sens vaut mieux que l’expérimentation. Des professeurs stagiaires et titulaires, quelques universitaires se sont élevés à travers lettres, réunions, pétitions, contre le mal qui était fait à l’école. Au milieu des années 2000, la méthode globale a rassemblé contre elle une forte mobilisation parentale. Nécessaires, ces résistances n’avaient pas trouvé de débouché politique. Mais c’était avant la naissance du Collectif Racine au sein du Rassemblement Bleu Marine. Car nous voici, avec un grand projet de redressement de l’école dans les trois domaines dont j’ai décrit l’état.

Premièrement, dans celui du savoir, le Collectif Racine prône le retour partout à la méthode syllabique et, pour tous les cycles, à des démarches éprouvées. De Socrate à Descartes, de De la Salle à Alain, une longue expérience raisonnée fait apparaître que, même en langues étrangères où l’immersion est indispensable, la connaissance procède généralement du simple au complexe. C’est tout l’art du professeur de faire progresser ses classes de l’un à l’autre. Et nous savons trop bien ce qu’il en coûte de laisser libre cours à l’expérimentation pédagogique. Nos enfants ne sont pas des cobayes. C’est pourquoi nous ferons retour à des savoirs distincts, à des évaluations exigeantes, à un cursus cohérent et progressif.

Pour revenir un instant sur l’école primaire, il est important pour les familles que le temps scolaire soit bien organisé. Mais il est plus décisif encore de savoir comment il est employé. Les professeurs des écoles passent 950 heures par an devant élèves contre 800, en moyenne, dans les autres pays européens. Mais on multiplie les items, matière-compétences, qu’ils doivent enseigner. Il faut supprimer certains d’entre eux pour concentrer le travail sur l’apprentissage du français, de l’histoire et des mathématiques. Le Collectif Racine ne voit pas dans l’étude de l’informatique et de l’anglais une priorité pour l’école primaire. Mais, je le précise, augmenter le volume officiel des heures de français ne servira à rien si on les consacre à l’ORL (Observation Réfléchie de la Langue), globalisante, plutôt qu’à la grammaire. Si nous sommes appelés aux responsabilités, nous placerons tout l’effort sur les savoirs fondamentaux.

Contre un pédagogisme qui prétend apprendre à apprendre en général, nous voulons renforcer les savoirs dans leur spécificité concrète. La littérature, la Physique, l’Histoire proposent chacun un séjour dans une région du réel et de la création humaine. J’ai évoqué l’utilitarisme grouvenant la notion de « compétences transversales », pauvres et éphémères, abstraites et détachées de ce monde qu’est un savoir.  Nous nous appuyons, nous, sur l’antique vérité énoncée par Aristote : « tous les hommes désirent naturellement savoir », pas seulement pour sa beauté et la générosité qu’elle porte, mais aussi parce que nous refusons le morcellement intellectuel.  C’est un des effets spirituels, si j’ose dire, du mondialisme : produire des élèves qui, ne possédant vraiment aucun champ d’objet en particulier, sont vaguement capable d’opérer sur plusieurs, voués à devenir des techniciens anonymes aux compétences pauvres valant sous toutes les latitudes. Jusqu’à 14 ans, un élève doit recevoir une solide culture générale.

Concernant l’évaluation et la sélection, qu’on tourne et retourne les choses en tous sens, on se trouve face à cette évidence : seuls des savoirs déterminés, pas de vagues « compétences », peuvent faire l’objet d’une évaluation rationnelle. On ne fait jamais baisser la fièvre, ni remonter le niveau, en cassant le thermomètre. Et pour des raisons épistémologiques, institutionnelles et économiques, le moment de la sélection ne saurait être indéfiniment repoussé. Entourées d’appréciations qui les affinent et les individualisent, les notes demeurent un outil performant. Elles permettent aux élèves de se situer les uns par rapport aux autres et surtout dans chaque discipline. Mieux vaut prendre une tôle exacte qu’une bonne note mensongère ! Le Collectif Racine plaide en matière d’évaluation comme ailleurs, pour une institution virile mais correcte ! Quant à la sélection, j’y viens dans un instant.

Sur le point de l’autorité des maîtres, leur formation doit être affranchie une fois pour toutes des pseudo-sciences de l’éducation. Enseigner est un art, tout de finesse, de rigueur et d’habileté, qui s’acquiert par l’expérience, pas une science. Ni animateurs, ni éducateurs, sinon par les voies du savoir, les professeurs doivent être rétablis dans leur dignité et leur autorité. Ils sont des serviteurs de la république dont c’est le devoir, l’honneur et la raison d’être d’enseigner.

Certains de ceux qui n’ont que le mot république à la bouche pour lui faire dire l’exact contraire de son sens historique, qui est son sens véritable, devraient méditer cet avertissement de Platon sur la tyrannie : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les enfants ne tiennent plus compte de leur parole, quand les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors, c’est là en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie ». En négatif de la tyrannie, Platon définit la république véritable, qui lie la liberté à l’ordre et le jugement à la discipline.

 Seules des mesures fermes, républicaines en ce sens là, sont propre à rétablir la quiétude qui est le climat naturel de l’étude. Il faut bien entendu distinguer entre les âges : l’absentéisme, l’insolence ou la violence d’un collégien n’a pas la même portée que celle d’un lycéen.  Ceux qui perturbent le travail scolaire doivent être sanctionnés, réorientés, placés dans des classes spécialisées et, dans les cas les plus graves, une fois que l’obligation scolaire aura été atteinte, exclus de l’institution. Il faut abroger ici la lois Lang de juillet 2000 qui donne droit à un élève ayant mis un jour un pied en seconde de terminer son cycle secondaire quoi qu’il fasse et même à 21 ou 22 ans.

 On pourrait s’inspirer en matière de sanction du conseil de Bonaparte : « l’art de la police, afin de ne pas frapper souvent, est de frapper sévèrement. » On en connaît la profonde vérité quand on sait que, dans certains établissements de 1500 élèves, il suffirait d’en exclure cinq pour rétablir la discipline générale. On engage sourdement, disais-je tout à l’heure, les professeurs à absorber la violence et le communautarisme qui frappent la majorité des élèves qui veulent travailler. Faute d’un redressement général de l’autorité républicaine dans les zones dites sensibles, l’école, qui n’a pas à assumer la mission régalienne de sûreté qui revient à l’État, ne sera plus un sanctuaire de l’esprit. Mais elle doit d’ores et déjà adapter ses règlements à la situation nouvelle, et sans trembler. Je me souviens que Luc Ferry, à son arrivée au ministère en 2002, promettait une rupture franche avec l’esprit 68 et son laxisme. On allait voir ce qu’on allait voir ! Et on a vu la violence s’aggraver. Nous rétablirons, nous, par une fermeté sans failles la paix scolaire et, avec elle, la sympathie qui règne entre un professeur et ses élèves quand le premier veut enseigner et les seconds apprendre. Ce sont là des joies simples qui, je peux en témoigner, répandent dans le quotidien le souffle de la grandeur.

Cette école du savoir, du respect véritable et de « l’excellence, forme la plus haute de l’égalité » selon Condorcet, implique une profonde réforme des structures dans le sens de la loyauté et de la clarté.  Autrement dit, on ne cède plus rien sur la culture à l’école primaire ni aux cycles suivants, mais on différencie clairement les filières, plus tôt, et sans mentir.  C’est en opérant une rupture philosophique avec l’égalitarisme qui assimile toute sélection à une « exclusion », qu’on restaurera une égalité républicaine, fondée sur l’effort et les savoirs. Il faut à cette fin supprimer le collège unique, immédiatement et sans retour !

 On devrait savoir que le refus de départager sur critères scolaires aggrave toujours, en réalité, la sélection sur critères sociaux. Maintenir un trop grand nombre d’élèves le plus tard possible, quels que soient leur niveau, leur comportement, et, j’y insiste, leur volonté propre, dans les filières générales et techniques, c’est mentir aux concernés en faisant baisser le niveau de l’ensemble. Or nous prônons une politique de la qualité scolaire. A cet égard la revalorisation des filières professionnelles constitue pour le CR la mère de toutes les batailles. Pour la remporter, il nous faut rompre avec une vieille tradition française d’intellectualisme, bien antérieure au pédagogisme celle-là, qui déprécie le travail manuel. C’est un paradoxe car il existe depuis des siècles un artisanat français, vivant, structuré, dont l’excellence est reconnue de part le monde. Les compagnons du tour de France en sont l’expression la plus célèbre.

Dans les conditions nouvelles créées par la suppression du collège unique, on prévoirait un cycle d’apprentissage de 14 à 16 ans. Il serait ouvert aux élèves qui souhaiteraient ou ne pourraient continuer dans la filière générale. Des passerelles leur permettraient de les réintégrer le cas échéant. On créerait deux séries professionnelles, l’une courte vers un diplôme professionnalisant, l’une longue qui donnerait accès, via des classes préparatoires à une grande école des métiers à la française. Mesure phare du CR, elle aurait tous les attributs de Normale Supérieure ou de Polytechnique, avec statut d’élève fonctionnaire salariés pendant trois ou quatre ans, hébergement, formations de très haut niveau, stages à l’étranger. Elle construirait des partenariats avec les écoles d’arts appliqués, avec les métiers de bouche, avec les artisanats d’art. Car c’est par le haut que nous revaloriserons les filières professionnelles, en y attirant les meilleurs élèves, issus de toutes les classes sociales. Le Collectif Racine travaille à l’horizon 2017 aux modalités pratiques de ce projet, mais le but en est clairement fixé : valoriser les savoir-faire qui, patrimoine de la France, font aussi une part essentielle de sa force productive ; articuler notre politique scolaire au redressement de l’économie par les artisanats et les industries ; faire de l’État stratège l’acteur d’un véritable colbertisme du savoir.

Cette réforme de fond aura pour vertu de désengorger les filières générales et de rendre au bac sa valeur sélective. La recherche de l’excellence devant être l’impératif partout, du primaire au supérieur, il faut préserver nos classes préparatoires, relever le niveau des licences universitaires, actuellement sinistrées, pour lui faire rejoindre celui des DUT, renforcer la recherche fondamentale en fixant nos scientifiques sur le territoire.

L’égalité véritable, j’y reviens, c’est l’excellence proposée à tous. Il faut donc agir pour que les enfants du peuple puissent entrer en lice, démontrer leur talent, concurrencer ceux que leur milieu place dans une position plus favorable à la poursuite d’études. Je salue ici mes meilleurs maîtres grâce auxquels j’ai pu moi-même, fils d’ouvrier et d’infirmière, donner ma mesure. C’est le devoir de l’école de permettre à chaque élève, selon ses efforts, de découvrir et d’atteindre son domaine d’excellence, quel qu’il soit. Que l’école fasse en matière sociale tout ce qu’elle peut sans jamais dévier de sa mission première – instruire, c’est-à-dire étymologiquement, outiller, équiper. C’est ainsi qu’elle défend les plus faibles, pas en les arrosant de moyens sans buts ni fins.  Aristote, disait que toute vertu tenait le juste milieu entre un manque et un excès : eh bien la générosité républicaine tient le milieu entre l’avarice du libéralisme et la prodigalité d’un socialisme d’assistanat.

Ainsi le Collectif Racine, s’inspirant de nos amis Russes, subordonnerait les aides publiques à un contrôle républicain. Le gouvernement russe mène depuis le milieu des années 2000 une politique nataliste par le biais de chèques réservés aux frais d’éducation, de santé et de scolarité de leurs enfants.  Désireux de même, c’est le cas de le dire, de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, nous préconisons le maintien de l’ARS, mais sous la forme d’une carte de crédit allouée aux seules dépenses scolaires et culturelles. Car une allocation, dans son principe, n’est pas un revenu. Le peuple dans son immense majorité, le peuple du travail et de l’effort, le comprendra très bien, et les petits profiteurs devront s’y faire.

Nous voulons que les valeurs diffusées dans et par l’école soit celles de l’instruction : vertus de patience, d’effort, d’attention, respect du savoir et des maîtres. Elles doivent être aussi celles de la patrie. C’est le troisième chantier du CR, rebâtir par l’école l’identité de la France. Ici, les savoirs et les valeurs peuvent se recouper. Mais il faut être précis.

Les valeurs propres du savoir se développent quand on réduit a minima la part de l’idéologie dans l’enseignement. Alors que les pédagogistes imposent aux disciplines leurs préférences idéologiques, nous voulons rétablir leur souveraineté. C’est à travers elles que l’école éduque. Toutefois, la littérature, l’histoire et la philosophie, ne sont pas aussi neutres que les mathématiques ou la physique. Il faut opérer des choix. Le Collectif Racine affiche clairement la couleur : il veut encourager les humanités classiques et l’histoire nationale. Rien de plus, rien de moins.

En histoire, il s’agit de tenir une double exigence : la rigueur scientifique dans la démarche, condition d’une saisie objective des phénomènes ; et l’art de l’interprétation enveloppant cette part de subjectivité que Paul Ricoeur jugeait non seulement inévitable, mais indispensable au  travail de l’historien. L’histoire n’est pas tout à fait une science, elle est aussi un récit, un texte, un tissu de sens. Nous plaidons par conséquent pour un enseignement chronologique de l’histoire qui, sans se dispenser d’étudier les structures sociales, géographiques et économiques, les dispose dans un récit bien lié. Et nous estimons que l’histoire de France doit être le prisme depuis lequel on apprécie l’histoire mondiale.

Quant à la tonalité de cet enseignement, non, l’École n’a pas à « déconstruire » le roman national mais, bien plutôt, à l’entretenir dans ses meilleures parts. Oui, l’histoire d’une nation est aussi celle des combats qu’elle mène pour exister, avec leurs lots de souffrances, de violences et de fautes. Mais, non, la France n’a pas à rougir de la sienne. L’histoire n’est pas un conte manichéen, complexe et tragique, elle ressemble à Antigone ou à Horace plutôt qu’à un épisode de Oui Oui dont seuls des « méchants » empêcheraient le cours tranquille. Il faut par conséquent que les élèves soient instruits de tout, des violences, des drames, mais aussi des grands accomplissements. Le Collectif Racine voudrait qu’à l’école, dans les institutions, au gouvernement on fasse une meilleure place aux heures les plus éclatantes de notre histoire ! On doit offrir à chaque élève français une représentation lucide mais positive de son pays, de son si grand, de son si beau pays.

Quant aux valeurs plus directement morales qui circulent dans l’institution, je citerais une lettre de Jules Ferry aux instituteurs : « demandez vous si un père de famille, et je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire ». Quelque réserve qu’on puisse garder à l’égard du personnage, et j’en ai, on m’accordera sans peine que ce n’est pas encore Najat Vallaud-Belkacem et les ABC de l’égalité. Cette déontologie n’est pas incompatible avec une certaine liberté de ton et de style, nous sommes Français que diable ! Tant que l’humour du professeur ne heurte pas les valeurs substantielles de la république, trempées dans l’histoire de France, au premier rang desquelles la laïcité.

 Car la laïcité est une règle de droit qui émane d’une histoire bien plus ancienne que les lois de 1905. Cela fait longtemps que la raison publique est en France chez elle. Et davantage qu’un pur instrument juridique, la laïcité est pour la France une fondation de paix civile.  Au terme d’une longue histoire, donc, parfois violente, l’Église et les congrégations catholiques et l’État républicain ont passé un compromis national dont, pour l’école, la loi Debré de 1959 est la dernière expression, à mes yeux satisfaisante.

Or quand on entend Monsieur Peillon, par exemple, et bien d’autres, parler de laïcité, on éprouve une impression de vide, au mieux, de défiguration, au pire. Ils réduisent la république à des « valeurs » dont les contours sont si vague que le monde entier pourrait y loger, ce qui, d’ailleurs, est bien la tendance en cours. Dans toutes ces incantations au « vivre-ensemble », on chercherait en vain une mention précise des revendications ethno-religieuses qui le défient. Or, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Camus.

Alors pour les nommer sans ambages : ce ne sont pas aujourd’hui les catholiques qui menacent le pacte laïc français mais, à l’évidence, les communautaristes ethno-confessionnels juifs et musulmans, les premiers par l’influence, les seconds par l’affluence. Il ne me semble pas qu’en effet l’esprit de laïcité, ni l’intérêt supérieur de la nation, figurent au menu du dîner du Crif, où certains dirigeants français vont chercher les aliments d’une conception messianique du monde. Mais le menu des cantines scolaires, lui, est évidemment la cible du communautarisme islamique. A l’école, les principales revendications alimentaires, calendaires, vestimentaires viennent de là, pas d’ailleurs. Que tous leurs coreligionnaires ne partagent pas une telle volonté théocratique, c’est un fait. L’école a le devoir de préserver les élèves musulmans, comme tous les élèves, de la violence de quelque police communautaire que ce soit. Mineurs, ils sont comme des pupilles de la nation. Quant aux adultes des deux bords qui les entraînent dans l’importation du conflit israélo-palestinien, nous les invitons à s’exporter eux-mêmes. Et que les bien-pensants se rassurent, nous ne faisons pas de jaloux, de discrimination ni de quartier parmi les ennemis de la laïcité : si demain le bouddhisme, le druidisme ou le chamanisme devait mener contre la république une offensive de grande envergure, organiser des prières de rue, faire pression sur les autorités, exercer un chantage symbolique constant, il nous trouverait devant eux plus fermes que quiconque pour défendre la paix laïque dans l’identité française !

 J’ai rédigé au cours de la campagne municipale une brochure, toujours consultable sur le site du Collectif Racine, à l’intention des candidats patriotes exposant les compétences du maire dans le domaine scolaire. Elle montre comment il peut intervenir en matière de laïcité alimentaire en s’appuyant sur le code de la consommation, mais, premièrement, sur l’article 2 de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État qui dispose que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Auquel il faudrait ajouter, comme Marine Le Pen le propose, qu’elle ne reconnaît aucune communauté.

Cette brochure est un exemple parmi d’autres illustrant la démarche et l’action du Collectif Racine. Il n’est ni un syndicat, trop catégoriel, ni un club de réflexion sans débouché politique. Nous voulions donner par l’action force à nos idées. C’est pourquoi le Collectif s’est associé à un grand mouvement, le Rassemblement Bleu Marine. Par notre développement rapide et exponentiel, nous prouvons que la tectonique des plaques patriote atteint l’éducation nationale. Nos adhérents sont chaque jour plus nombreux. Nous en revendiquons près 1000 après un an d’existence. Sous l’impulsion organisatrice de son secrétaire général Alain Avello quatre sections départementales du CR ont été constituées, dans le Var, la Loire Atlantique, à Paris, dans le Finistère, avant, bientôt, celle du Rhône dont je m’occupe. Nos commissions scientifiques et thématiques se mettent en place. Nous créons demain notre section Racine-Lycée. On parle de nous, nous faisons réagir les spécialistes, les médias, certains intellectuels.

Et puis nous faisons florès. C’est une grande fierté pour nous, en effet, d’avoir été les précurseurs de la dynamique des Collectifs. Souples, thématiques, attirant des talents et des compétences professionnelles, ils sont les estafettes légères du Rassemblement Bleu Marine. Ainsi le Collectif Marianne rassemble-t-il les étudiants patriotes et le collectif Audace, qui se lance demain, les jeunes actifs. D’autres encore sont en cours de formation sur des thèmes aussi essentiels que l’environnement, l’espace maritime, la justice et la sécurité.

Quel que soit le domaine, il s’agit de rassembler les patriotes, les amoureux de la France qui veulent agir pour elle, d’où qu’ils viennent, et je dis bien d’où qu’ils viennent. Le Collectif Racine veut accueillir, je l’ai dit en commençant, tous les professeurs issus de la gauche ou de la droite, partageant le double refus du libéralisme inégalitaire et de l’égalitarisme niveleur. Car on peut être de gauche, tenir au pacte social français, à l’égalité républicaine, à la souveraineté nationale, sans être gauchiste libertaire, comme on peut être de droite, défendre l’identité française et la liberté d’entreprendre, sans être un néolibéral atlantiste. S’il reste des enseignants de gauche sociétalo-bobo-repentante, qui persistent à évoluer dans le style années 1980 avec son « antifascisme de théâtre » (dixit Lionel Jospin lui-même), l’école compte en son sein de ces professeurs descendants des hussards noirs célébrés par Péguy, socialistes, radicaux, plus tard communistes, mais surtout farouches républicains qui ne séparaient pas le combat pour l’égalité de la défense de la culture. Comme d’autres du côté de la droite nationale et du gaullisme, ils savaient que les enfants des milieux populaires ne s’élèvent socialement que s’ils s’élèvent intellectuellement. Je veux bien accorder le bénéfice du doute à NVB, puisqu’elle n’est en charge du ministère que depuis 10 jours, mais je crains que les enseignants, d’où qu’ils viennent, n’aient pas à attendre grand chose, sinon le pire, d’une femme politique qui ne s’est pas signalée jusque là par sa rigueur intellectuelle, son sens des valeurs populaires et son goût pour l’histoire de France.

Plus généralement, il nous faut convaincre tous les patriotes, à l’école et ailleurs, qu’ils attendront longtemps le redressement de la France et de l’école s’ils comptent sur l’UMP et le PS, pris dans le carcan européiste, idéologiquement débiles et politiquement serviles. Mais que la droite et la gauche dites « de gouvernement » aient les mêmes positions ne nous dispense pas de travailler, pour prendre leur place à la tête de la France, au dépassement de leur clivage artificiel. Car, s’il est caduc dans l’ordre des  réalités, ce clivage est encore vivant dans les esprits, les affections, les imaginaires. On le surmonte en rassemblant le meilleur de la droite nationale, du gaullisme et de la gauche patriote pour mener en tous domaines la politique de la France, par la France, pour la France. C’est la vocation et l’esprit du RBM dont le Front National est le corps historique, la force première, le môle central. Nous avons créé en son sein avec BDLR Patrie et Citoyenneté qui vise à rassembler des patriotes issus de la gauche et du gaullisme social. Nous allons bientôt lui donner son plein essor dans un esprit d’invention et de discipline.

Seuls le FN et le RBM défendent, j’en ai la conviction, la France dans son existence même, sa personnalité historique et sa liberté politique. En appelant à la grande accolade de tous les patriotes, nous œuvrons aux retrouvailles d’une nation avec elle-même. Elle s’est perdue entre 68 et 1983, à mesure que la droite se dénationalisait avec Giscard, c’est-à-dire devenait centriste, libérale et euro-mondialiste, et à mesure que la gauche se dépopularisait avec Mitterrand en devenant sociétale, libérale et euro-mondialiste. Il faut savoir prendre l’heure de l’histoire pour éviter de mener des combats d’avant-hier. Que chacun s’en avise : la ligne de front passe aujourd’hui entre les mondialistes et les patriotes, tous les patriotes. Et c’est une redoutable partie que nous devons mener.  Car il s’agit rien de moins que du sort de la France elle-même.

Tout au long de son histoire, elle fut une nation politique plus qu’ethnique, bien qu’il faille rappeler avec Fernand Braudel, contre le mythe récent, et intéressé, d’une France bâtie par l’immigration, que sa population est demeurée continue des dernières invasions du Xe siècle jusqu’au milieu du XIXe. Mais en effet la France ne s’appuie pas comme l’Allemagne sur un sentiment ethno-communautaire, comme l’Angleterre sur un patriotisme insulaire ou comme les États-Unis sur une sorte nationalisme religieux. Elle fonde son unité sur le politique, la culture et les mœurs, vivifiées par ces « vastes entreprises » qui, disait De Gaulle, sont « seules susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ». L’école fut l’une d’entre elles. Après avoir été le théâtre d’une dure bataille entre l’Église et l’État, entre l’ancienne et la nouvelle France, l’école de la république les a refondues dans une histoire commune, avant d’être l’objet de l’offensive libérale-libertaire que j’ai décrite.

Notre vaste entreprise, c’est aujourd’hui la liberté recouvrée de la France, la préservation de son pacte social et la reconquête de son identité culturelle. Et nous possédons pour l’accomplir une doctrine commune, le marinisme. C’est-à-dire tout ensemble le sens de l’Etat et de la France charnelle, de la nation civique et de l’identité culturelle, de l’éthique traditionnelle et de la modernité politique, de la petite entreprise et du colbertisme. C’est-à-dire la lutte contre l’immigration et l’euro-fédéralisme, contre l’idéologie multiculturaliste et l’ethnicisation de la société, contre les régressions féodales et théocratiques et les délires post-modernes, contre, enfin, le front des prédateurs qui attaquent les producteurs privés et publics.

Dans ce cadre-là, nous n’avons pas à être identiques, il nous faut simplement être accordés, et faire une force de notre diversité, la seule diversité qui vaille, celle des patriotes ! Au cours de la dernière campagne municipale à Lyon, avec Agnès Marion, avec Romain Vaudan, avec Paul-Alexandre Martin, avec d’autres que je ne peux tous nommer, j’ai éprouvé la force d’un tel accord. Entre nous, la défense de l’identité, l’attachement au catholicisme l’âpre justice républicaine, la mémoire de la grandeur gaullienne, les imaginaires de la révolution française, de la civilisation européenne et de la tradition chrétienne, tout cela a dialogué, et parfois avec un peu de chaleur. Mais ces sensibilités ne se sont jamais soustraites ni même seulement additionnées, elles se sont multipliées pour la cause commune. Et je sais que cette expérience mariniste a été vécue partout ailleurs, au sud, à l’est à l’ouest, au nord. Quelle chance, quelle chance d’habiter la France, de l’aimer et de se battre pour elle ! Mais j’ignore s’il y eut partout des soirées comme à Lyon où, et je pèse mes mots, nous avons atteint à plusieurs reprises le seuil anthologique. Que voulez-vous, nous sommes des Français. On fait de la politique, cette grande chose sérieuse, en riant. On se bat, on parle, on boit, on chante, bien ou mal d’ailleurs, on résiste, et c’est la France qui s’exprime et continue à travers nous. La France qui, quand elle est elle-même, est une fête sérieuse, un banquet pensant.

On imagine mal à l’inverse François Fillon, Alain Juppé, Jean-Marc Ayrault ou Eva Joly danser sur les tables. Sauf peut-être quelque Nadine Morano célébrant la joie, somme toute relative, d’être Nadine Morano. On voit bien Jean-Luc Mélenchon s’y essayer aussi, pour en tomber et insulter tout le monde. Allez, comme il est fatigué en ce moment, nous lui souhaitons un prompt rétablissement moral car nous respectons, nous, nos adversaires.  Pourquoi, de notre côté, serions-nous tristes et ternes ? Nous n’abandonnons rien, nous, nous n’avons pas passé le plus clair de notre existence à trahir les intérêts vitaux de notre pays. Pourquoi redouterions-nous notre image dans le miroir ? Nous pensons librement sans consulter nos craintes, nos appétits ou nos maîtres. Nous voulons une France indépendante et respectée, cette France attendue dans le monde entier, avec toutefois plus d’impatience du côté de l’Oural et de la Russie de Poutine que de l’Atlantique et de l’Amérique d’Obama. A la différence des euro-mondialistes, nous ressentons profondément la joie, l’honneur et la dignité d’être français.

Cet enthousiasme que nous éprouvons tous, expression de la jeunesse éternelle, est aussi celui de la jeunesse actuelle. Puisque je réponds aujourd’hui à l’invitation du Front national de la jeunesse et de son directeur Julien Rochedy, je dois dire que je suis frappé par la qualité de tous les jeunes militants et cadres que je rencontre dans mon travail politique. De toutes provenances, avec des formations diverses, des tempéraments variés, mais avec ce dénominateur commun : ils possèdent tous la ferveur patriote. Que tant de jeunes aient survécu au broyeur anti-national mis en place depuis 40 ans, c’est un de ces faits massifs qui nous interdisent le désespoir. Il montre que la France ne meurt jamais. Je salue aujourd’hui à travers vous, avec force, amitié et reconnaissance, toute la jeunesse patriote. Et j’adresse une spéciale dédicace aux jeunes de Lyon qui poursuivent, sur la lancée de leur campagne municipale, un remarquable travail militant au service de la Fédération Front National du Rhône. Elle peut, elle doit être fière d’eux. Je crois savoir qu’ils attendent les autres de pied ferme pour les accueillir comme il se doit à Lyon à l’occasion du prochain Congrès du FN.

Mais sans refroidir cet enthousiasme militant, il est de mon devoir d’aîné et de professeur de vous dire qu’il ne doit en aucun cas fragiliser vos existences. Vous vous devez à vous-mêmes, à votre famille, de vous accomplir professionnellement. Comme on dit, passez votre bac d’abord ! Formation, bac professionnel ou général, études courtes, études longues, mais charpentez-vous. Ce faisant vous ne négligerez pas la cause patriote, mais vous la servirez. Car nous avons besoin d’hommes et de femmes solidement établis dans leur métier, actif dans leur existence sociale, aussi heureux que possible dans leur vie familiale.

Le professeur vous conseille encore de lire, de retourner aux textes. La blogosphère ne suffit pas à la formation de l’esprit politique. Et lisez tout, avec mobilité intellectuelle, sans vous enfermer dans un coin de la bibliothèque. A l’heure où les vieux clivages s’effacent, où les vieilles partitions éclatent, les doctrines statiques sont condamnées. Lisez Tocqueville et Marx, Jaurès et Maurras, Foucault et Léo Strauss, Carl Schmitt et Lukasc, De Benoist et Michéa. Lisez aussi le petit Essai sur la France d’un philologue allemand, ER Cutrius, paru dans l’entre-deux guerre. Vous en sortirez éblouis. Bref, lisez à droite à gauche au-dessus, au-delà, tous azimuts, avec la France pour boussole. Tenez-vous intellectuellement prêt car ne vous y trompez pas : dans vos tractages, sur les marchés, dans chacun de vos actes militants apparemment les plus modestes, vous jouez, nous jouons, je le répète, une partie considérable. Tenez-vous prêt car le jour approche où la majorité politique des français démocratiquement exprimée viendra s’identifier à sa majorité patriote. Tenez-vous prêt car revoici la France.

Il s’agissait aujourd’hui entre nous, de l’école ; il s’agissait donc de transmission. C’est la main du maître qui passe à son élève les outils pour construire son intelligence, et lui permet, selon la belle formule de Descartes, de « bien juger et de marcher avec assurance en cette vie ». Mais c’est aussi  un esprit, un souffle, un fil rouge qui circulent entre les générations et sont la vie même d’une culture. Car la tradition véritable, disait superbement Gustav Malher, « n’est pas la vénération des cendres, mais la transmission du feu ». La flamme de l’esprit français passe entre nous. C’est un esprit profondément singulier, fait de rigueur et de liberté, de rationalité et d’humour, de scepticisme et d’engagement. Il est animé aussi par la mémoire des quarante rois et des grands hommes qui ont fait la France et la république. Car nous Français, nous patriotes, nous marinistes, nous voulons un chef qui incarne et commande, pas un technicien, plus ou moins compétent, qui administre seulement.

Or, animés par l’enthousiasme, possédant la volonté, bâtissant une pensée,  nous avons plus encore. Nous avons ce qui fait cruellement défaut à nos adversaires, nous avons un véritable chef ! Ayant renoué les fils des meilleures traditions politiques françaises, elle veut redresser la nation par l’école, promouvoir l’égalité des citoyens par l’excellence, assurer le rayonnement de la France par la culture et sa puissance par la recherche. Nous avons un chef. Elle s’avance vers l’État pour le conduire, vers la nation pour la relever, vers la France pour lui rendre, avec sa souveraineté, son panache et sa liberté. Nous avons un chef. Elle est entourée par la clameur d’un grand peuple qui revient, Marine Le Pen, prochain président de la république française ! »