La politique doit se pratiquer de temps en temps à la française, en envoyant des gnons ! (Interview par Breizh-Info)

Yannick Jaffré est professeur agrégé de philosophie, essayiste, ancien membre du Rassemblement Bleu Marine à Nantes mais surtout, un esprit libre qui a lancé son site Internet d’opinion ainsi que sa petite émission (très/trop longue), qui suscite un intérêt certain, baptisée « Sévèrement Français ! ». Au risque de choquer ceux qui n’aiment que la langue de bois, à qui on conseillera de passez leur chemin ! Par contre, aux amateurs  d’insolence et d’analyses (ponctuelles) assez tranchantes, on conseillera d’ aller jeter un oeil sur le blog de Yannick Jaffré. Ils ne seront pas déçus…

Nous avons interrogé ce Nantais pur souche sur les derniers grands faits d’actualité afin de recueillir sa pensée.

Breizh-info.com : Qu’avez-vous pensé de l’affaire Black M ?

Yannick Jaffré : Elle est parfaite en son genre. Tout y est. On est sur l’os identitaire. Nous avons des élites suffisamment déculturées pour confier à un rappeur francophobe la commémoration de Verdun. Un « artiste » qui, littéralement, se croit tout permis. Qu’il ait exprimé sans équivoque sa haine de la France : « Je baise la France cette pauvre conne pays de kouffars » – c’est le canal habituel d’une sensibilité « diverse » dont, depuis longtemps, on n’attend pas moins ni mieux. Une racaille subventionnée de plus pour nous détester, ça nous « en aurait touché une sans faire bouger l’autre », pour parler chiraquien. Qu’elle soit invitée à venir polluer la mémoire de Verdun avec ce genre de textes nauséabonds, c’est une autre affaire. Qui tend vraiment, et très durement, la corde nationale.

Mais plus encore que les appels à la haine ethno-religieuse lancés par ce garçon, plus encore que la licence qui lui est accordée d’être raciste et homophobe, de braver, autrement dit, les grands tabous de l’époque auxquels les Français de souche sont soumis, eux – plus encore que tout cela c’est la tranquille inculture avec laquelle il abordait son invitation, avant que l’affaire n’éclate, qui soulève le cœur : « C’est de la scène, et c’est quelque chose que j’aime énormément, alors je réponds présent. Tout simplement (…) On va s’amuser ». Dans cette obscène légèreté qu’aucun conseiller en communication n’est venu corriger, dans ce mépris décontracté, cool, de l’histoire du pays, il y a plus d’injure aux Poilus qu’à travers sa haine déclarée de la France. Celle-ci, dans l’univers mental « Black M », est soit absente, soit détestée. Plus cet univers s’étendra, plus l’unité nationale sera compromise.

Les antiracistes à géométrie variable prétendent que Black M appartient à l’histoire de France parce que son grand-père aurait fait partie des tirailleurs sénégalais (ce qui, à l’heure où je vous réponds, n’est pas encore bien établi). Non, on appartient à l’histoire d’un pays quand on en épouse affectivement les caractères positifs. Allez dire aujourd’hui aux Algériens que les pieds-noirs appartiennent à l’histoire de l’Algérie, ce qui est factuellement indéniable ; faites revenir des pieds-noirs à ce titre, et naturalisez-les ; et invitez-en un à chanter pour la fête nationale algérienne – vous m’en direz des nouvelles ! Ou, dans le même esprit, invitez un groupe de black métal identitaire français lors d’une commémoration de l’esclavage : on verra les mêmes antiracistes en transe hurler à la mémoire bafouée…

Cette affaire permet donc de prendre la température exacte de l’heure : tandis que les défenseurs de Black M poussent le délire jusqu’à accuser de racisme ceux qui s’indignent légitimement de son invitation à Verdun, on a vu s’opérer contre sa venue une mobilisation réjouissante. Difficilement envisageable il y a quinze ou vingt ans, elle aurait alors sans doute échoué. Je la salue comme une victoire symbolique « 2.0 » (ce n’est pas Verdun, pour le coup), mais importante parce qu’elle exprime une salutaire exaspération. Elle traduit parfaitement la fracture identitaire qui parcourt le pays. D’un côté, une « diversité » qui ne vibre pas aux accents de l’histoire de France, ou bien de haine, soutenue par des élites de droite et de gauche qui ont perdu tout sens national. De l’autre, les patriotes ou les Français éthiques. Et ce sont les premiers, pas les seconds, qui tendent la corde…

Breizh-info.com : Le 2 mai, vous avez publié une tribune particulièrement cinglante sur Aymeric Chauprade qui était, comme vous, membre du FN il y a encore peu. Pour quelles raisons ?

Yannick Jaffré : Oh c’est tout simple. Parce que c’est une ceinture noire de trahison. Il a poussé le reniement de ses propres engagements si loin qu’il méritait une bonne rossée littéraire. Je renvoie vos lecteurs vers l’article où, reprenant sa trajectoire, je corrige le personnage – sans doute le type le plus faux que j’aie jamais rencontré. Bref, pour l’ensemble de son œuvre, il méritait de prendre. Je me suis dévoué.

Mais il y avait aussi un enjeu de fond que j’évoque au passage dans cet article. Ayant présidé deux ans et demi le Collectif Racine des enseignants patriotes au sein du RBM, j’ai quitté moi-même le Front à l’automne dernier. N’y ayant pas « gamellé », je n’en suis pas parti pour aller, comme Aimefric Chauprade, chercher meilleure soupe ailleurs. Je me suis éloigné parce que la direction du mouvement pêche à mes yeux dans le recrutement de ses élites internes, le travail de fond et l’efficacité stratégique. Si elles ne sont pas comblées d’urgence, ces failles peuvent l’empêcher de se porter à la hauteur de la mission historique que les circonstances placent devant lui.

Je travaille donc désormais dans esprit constructif hors du Front, mais pas contre. Car j’y ai rencontré des cadres et des militants de grande valeur, compétents, fervents, généreux, touchants. J’y ai fait des amitiés durables. Et je demeure proche de sa ligne « mariniste » qui répond à la grande espérance du peuple français. N’étant pas des partisans d’un aggiornamento libéral en économie, je considère toutefois que le parti traite la question identitaire de façon trop abstraite, contractualiste, aseptisée alors que, l’affaire « Black M » vient encore de le démontrer, elle mérite une approche plus substantielle, déterminée et clivante. Mais je voterai en 2017 pour le Front ou, si l’appareil ne s’améliore pas, pour ses électeurs….

Enfin pour revenir à l’infime, et infâme, personnage au sujet duquel vous m’interrogez, je lui ai consacré quelques heures pour la morale mais aussi, et peut-être surtout, pour le plaisir. La politique, qui est un sport de combat, doit se pratiquer de temps en temps à la française, en envoyant des gnons en rigolant !

Breizh-info.com : Vous êtes intervenu récemment sur la virilité en politique, que vous avez imagée par « ni Bourbon, ni Philippot ». Pourquoi évoquer ces deux personnalités ?

Yannick Jaffré : Parce que, si différents soient-ils l’un de l’autre, ils sont chacun emblématiques du déficit actuel en cette matière indispensable à toute bonne chimie politique… Le premier tient des positions marginales, ultra-violentes, qu’il est anthropologiquement incapable d’assumer. Le second croit pouvoir éloigner par l’habileté les futurs affrontements, pourtant inévitables, qui lui font peur. Le premier fantasme la violence de l’histoire, mais en est incapable. Le second esquive cette violence, s’imaginant que les luttes ressembleront toujours à des chicanes de bureau – indirectes, protégées, féminines. Le premier est grotesque et improductif. Le second est hyperactif et superficiel. Par-delà son cas particulier, ce très proche collaborateur de Marine Le Pen est révélateur d’une évolution anthropologico-polique inquiétante. On voit des personnalités aussi fragiles qu’elles peuvent être méchantes sans nécessité, accéder aux responsabilités dans un parti qui, force de résistance au système, devrait songer à s’étoffer autrement.

Car on se trompe lourdement en croyant qu’avec la doctrine actuelle, même encore édulcorée sur la question identitaire, le Front parvenu au pouvoir échapperait au Grand Choc. Quoi qu’il fasse ou dise, il est identifié, et à juste titre, comme le parti qui veut renverser la table dans les domaines essentiels de l’identité et de la souveraineté économique, territoriale, diplomatique. Il se prendrait dès les cent-jours des émeutes massives de banlieues, des manifestations d’ultra-gauche, une campagne d’attentats peut-être, le savoir-faire des services américains contre ses hommes, et tous les coups bas possibles, économiques et juridiques, de l’oligarchie européenne. Pour affronter ces terribles secousses, il lui faudra des caractères trempés. Je les espère pour la France.

Quant à la doctrine, je précise que je ne suis en aucun cas un nostalgique du « jean-marisme ». Héritage d’une extrême-droite de défaite et de témoignage, cette ligne-là ne mène à rien. Mais c’est une autre impasse de s’imaginer que le Front National puisse se dispenser de plonger les mains dans les plaies du pays. A cet égard, son dernier slogan : « la France apaisée » n’est pas mauvais, il est très mauvais. Relevant de la méthode Coué, il n’est adéquat ni au rôle historique du Front, ni à un présent traumatisé par le Bataclan, ni à la personnalité de Marine Le Pen telle qu’elle est, et telle qu’elle est perçue par les Français. On n’obtient pas la paix pas par des vœux pieux ni par des incantations. Elle ne s’établira qu’après une longue lutte acharnée contre les forces de la dépossession et de la guerre civile.

Quand je parle de virilité politique, je me situe donc au croisement d’une anthropologie des caractères et d’une doctrine de l’action. De ces deux points de vue, je n’enferme pas cette vertu dans la figure de la brute épaisse ou dans celle, plus noble, de l’agent des forces spéciales. Quotidienne, elle pourrait même être portée par le journaliste de Rivarol et l’autre, à condition qu’ils changent radicalement… J’ai foi en l’homme et je crois en eux !

Mais vous oubliez, au passage, que le premier idéal-type que je vise dans mon entretien est, quand même, le bobo qui prétend combattre Daesh avec une « fleur, un coeur, une idée ». C’est là le danger prioritaire. Je voudrais simplement qu’on lui oppose, côté patriote, plus d’épaisseur de caractère et de pensée.

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One thought on “La politique doit se pratiquer de temps en temps à la française, en envoyant des gnons ! (Interview par Breizh-Info)

  1. Je ne commenterai pas sur les querelles de personnes, ni la typologie des caractères qui est exposée ici, mais je ne peux qu’être d’accord avec le constat qui est fait de la mièvrerie totalement inadéquate du slogan  » la France apaisée « , d’ailleurs aussi mobilisateur que le  » OZons la Droite  » de Ménard. C’est vrai, on ne va pas à la castagne avec des fleurs dans les cheveux…


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